En douze mois d’existence, ce parti a eu l’effet d’une bombe dans la vie politique espagnole. Le discours simple, émotif, parfois caricatural de ses leaders a séduit une population lasse mais surtout très excédée par les politiques antisociales qui ont taillé à la hache dans les dépenses publiques. Les très contestés « recortes » (coupes budgétaires) se résument en un mot : un « austéricide ». Désormais incontournable du paysage politique, Podemos est venu bousculer le bipartisme quasi institutionnalisé qui a vu, depuis l’instauration de la démocratie, le Parti socialiste (PSOE) et le Parti populaire (PP, droite) s’alterner au palais de La Moncloa mais sans se distinguer sur le plan économique. Depuis cet été, les sondages s’affolent et situent la formation « ni gauche ni droite », comme aiment à le préciser ses leaders, parmi les premières forces en intentions de vote. Podemos est le symptôme de la crise, mais surtout des réponses néolibérales apportées par les gouvernements socialistes et conservateurs qui se sont fourvoyés dans le néolibéralisme entraînant le pays au bord de l’abîme social.
Dans le local des associations de voisins du quartier de La Latina, Pablo Carralerro s’active à réaliser avec minutie les pancartes de la marche. À vingt-neuf ans, cet ancien étudiant des Beaux-Arts est au chômage comme 60 % des jeunes Espagnols de moins de vingt-cinq ans. Il ne s’était jamais organisé auparavant même si, reconnaît- il, « la politique l’a toujours intéressé ». Puis « il a participé activement au 15 mai », le mouvement des Indignés en 2011. Avant de franchir le pas avec Podemos, dont il est aujourd’hui l’un des responsables du Conseil citoyen de Madrid.
« Ce pays va à la ruine avec le chômage », qui excède les 25 %
« Nous remboursons des millions d’euros pour une dette illégitime alors que les gens ont faim, explique-t-il. Voulons-nous gaspiller encore cet argent en raison de la modification de la Constitution qu’ont votée le PP et le PSOE ? », fait-il mine de s’interroger en référence au changement de l’article 135 qui dicte pour priorité absolue à l’exécutif le remboursement de la dette. « Des gens de droite comme de gauche pensent que l’on peut déroger à cet article. Il s’agit de sens commun et de rationalité. Comme Syriza, nous considérons que la dignité du peuple est prioritaire et non les marchés financiers, poursuit-il. Nos conditions de précarité sont intolérables. Notre génération est la mieux préparée et la plus formée, mais, faute de modèle productif, nous sommes dans une catastrophe sociale. Ce pays va à la ruine avec le chômage », qui excède les 25 %.
Le triomphe de la Coalition de la gauche radicale est sur toutes les lèvres. Il a de fortes répercussions en Espagne où vont se dérouler cette année d’importantes échéances électorales avec des scrutins municipaux, des régionales partielles et surtout les législatives en novembre. D’aucuns parlent d’un possible effet Syriza même si, dans les organes de direction de Podemos mais également d’Izquierda Unida, on se garde de toute transposition en raison de réalités sociopolitiques différentes.
"Le triomphe de Syriza est une bonne chose pour la gauche en Espagne"
« Les termes de la question, ce 25 janvier, date des élections grecques, étaient : suivre le désastreux mémorandum de l’austérité défendu par la droite et la social-démocratie ou parier pour une autre alternative. Cette dernière est incarnée par Syriza, la gauche grecque, semblable à Izquierda Unida dans son dessein, mais avec la poussée électorale de Podemos, capable de donner cours à l’indignation populaire de manière démocratique et pacifique », estime Agustin Moreno dans une tribune « La Grèce n’a plus peur » parue dans Cuarto Poder. Pour ce professeur et animateur de la Marée verte, une plate-forme qui a vu le jour pour défendre l’éducation publique, « le triomphe de Syriza est une bonne chose pour la gauche en Espagne (...) mais pour Syriza également qui a besoin d’une victoire de la gauche en Espagne en 2015 pour fortifier sa voix et sa position face à l’Union européenne et démontrer qu’il y a des alternatives à l’austérité », défend-il. Mais pour l’heure, les convergences sont morcelées, et la gauche loin d’être rassemblée. La marche de Podemos est pour Alex, le lycéen, l’occasion de « célébrer le premier anniversaire de Podemos, et la victoire de Syriza en Grèce ». Avec les siens.
CATHY CEÏBE
Samedi 31 Janvier 2015 20 H
Les Espagnols manifestent en masse contre l'austérité
Véritable démonstration de force de Podemos ce samedi à Madrid. Des dizaines de milliers d'Espagnols ont "marché pour le changement" de la place de Cibeles, à Madrid pour relier la Puerta del Sol à l'appel du parti de Pablo Iglesias, qui espère suivre l'exemple de Syriza en Grèce lors des prochaines élections législatives.
La grande "marche pour le changement" à Madrid intervient moins d'une semaine après la victoire de Syriza, dont les dirigeants ont régulièrement fait campagne aux côtés de ceux de Podemos. Issus de deux des pays européens ayant vécu le plus durement la crise, avec encore plus d'un cinquième de leur population active au chômage, Podemos et Syriza partagent le même rejet de la troïka (Banque centrale et commission européennes, Fonds monétaire international). Selon eux il faut mettre fin à l'empire de la finance internationale qui oublie l'humain et poser la question d'une restructuration de la dette.
Aux cris de "Oui, nous le pouvons!" et "tic tac tic tac", les manifestants ont rappelé au président du gouvernement conservateur Mariano Rajoy que les sondages donnent le parti de gauche Podemos ("Nous pouvons") en tête des intentions de vote en vue des élections régionales en mai et législatives à la fin de l'année. Le rassemblement de samedi est le plus grand jamais organisé par le parti issu du mouvement des "Indignés". "Le vent du changement a commencé à souffler sur l'Europe", a déclaré Pablo Iglesias, le leader du parti, devant une foule compacte réunie place de la Puerta del Sol dans le centre de Madrid, brandissant drapeaux grecs et républicains de la gauche espagnole. La foule a écouté avec ferveur Pablo Iglesias, 36 ans, et sa jeune équipe, en scandant régulièrement, poing droit levé "Si se puede, si se puede! (Oui c'est possible!)".

"Les gens en ont marre de la classe politique", a déclaré Antonia Fernandez, une retraitée de 69 ans, expliquant qu'elle votait jusqu'alors pour le Parti socialiste mais que celui-ci s'est discrédité à cause de sa gestion de la crise économique et de son soutien aux mesures d'austérité. "Si nous voulons avoir un avenir, il nous faut des emplois", a-t-elle conclu.
Après sept années de crise profonde, l'Espagne est un des pays de la zone euro qui bénéficie de la croissance économique la plus soutenue mais ces bonnes statistiques ne se traduisent pas encore de manière significative sur le niveau de vie de la population, alors qu'environ un Espagnol sur quatre est au chômage. Dans ce contexte, la promesse du nouveau Premier ministre grec Alexis Tsipras de mettre fin à "l'humiliation et la souffrance" trouve un fort écho en Espagne.
La formation de Pablo Iglesias a bouleversé le paysage politique espagnol. Podemos qui se dit "ni de gauche ni de droite" a été fondé il y a tout juste un an à la suite du mouvement des indignés. Podemos a créé la surprise dès mai 2014 en obtenant 1,2 million de voix, cinq députés, aux Européennes. Depuis, son ascension dans les sondages a été fulgurante, dépassant régulièrement le Parti socialiste et parfois même le Parti populaire (droite) au pouvoir, devenant théoriquement la première ou deuxième force politique.